Mon homme ne me demande jamais rien, il ne veut pas que je lui couse de vêtements, il ne veut pas que je lui tricote des écharpes, il veut être en dehors de tout cela, de mes « loisirs du 3eme âge ».
Pourtant, je m’obstine à lui coudre des choses !
La dernière réalisation en date est une chemise (encore), un nouveau patron que je voulais tester. Car je ne suis pas comme ça, dès que je vois un patron pour homme, je l’achète et le garde précieusement de coté, c’est si rare !!

J’ai déjà un patron de base de chemise pour lui, une version modifiée à ces mesures de la pochette Burda 7767, que j’ai déjà décliné plusieurs fois. Cette fois-ci, il s’agit d’une chemise ajustée avec des découpes « princesse » et une sorte de col tailleur. D’ailleurs, question à deux balles : découpes princesses ? pour un homme ? Serait-ce découpes princes plutôt ?
Ce qui me plait dans ce modèle ce sont les détails des pattes au niveau des manches et des épaules, ça c’est le genre de petits trucs en plus que j’adore !
Pour le tissu, c’est un peu galère car je ne vous apprends rien (enfin je pense), mais trouver du tissu pour homme, c’est un parcours semé d’embûches. En dehors de l’uni, des rayures banales et de quelques carreaux, le monde est peuplé de tissus fleuris ou enfantins et je crains pour ma vie si j’essaye d’habiller mon homme en liberty. En Allemagne (comme toujours), je suis tombée sur une étoffe formidable, un mélange de lin et de ramie avec des impressions de lettres calligraphiées un peu abstraites, des tâches d’encre, le tout dans des couleurs « masculines », ou du moins acceptables pour un homme. Un tissu léger et qui ne se froisse pas trop et se repasse bien, très fin mais pas trop transparent, parfait pour l’été.
Après quelques recherches, j’en ai appris un peu plus sur la ramie : c’est à la base une plante de la famille des orties (attention, ça pique, la preuve…) qui est utilisée depuis plus de 6000 ans pour créer des fibres textiles (surtout en Asie). Il s’agit d’ailleurs d’une fibre vraiment robuste, surtout quand elle est mouillée mais qui peut rompre si pliée de manière répétitive au même endroit. Souvent utilisée mélangée à d’autres fibres (coton, laine ou lin), elle réduit l’effet « froissé » et donne un lustre un peu soyeux, ce que j’ai constater sur le tissu que j’ai acheté. La ramie a un pouvoir d’élongation quasi-nul, donc ne pas s’en servir pour un modèle qui demande du tissu stretch !! Ce n’est pas une fibre très utilisée car son extraction et son processus de transformation est long, pénible et coûteux. Dernier point, la ramie rentre dans la composition du papier …. Des billets de banque ! Fermons cette parenthèse, mais je trouvais ces informations intéressantes et je voulais les partager.
Revenons à la chemise. Il s’agit du modèle Burda 7359. Quand je l’ai montré à mon homme, il n’était pas convaincu par les photos de référence (voir plus haut). Et oui, les pochettes Burda, c’est comme les magazines : les photos pénalisent souvent les patrons ! Pourtant, je résiste : cet homme là aura une chemise « découpes princes » dans ce tissu « billet de banque » et il sera HEU-REUX.
Comme pour les enfants (que je n’ai pas), il faut trouver une parade pour lui faire manger ses légumes… heu… porter cette chemise. Celle que j’ai trouvée : les boutons pressions.
« Regarde mon chéri comme c’est cool cette chemise avec les boutons pressions, comme pour les Chippendales ! Tu peux l’arracher (gentiment quand même, respecte le long labeur que j’ai surmonté pour la terminer). Oh oui, comme tu es grand et fort et beau… etc… etc… »
Les boutons pressions c’est marrant et ça change, ça à l’air de lui convenir. Il a été aussi agréablement surpris par le tissu et son toucher, finalement la coupe lui plait, que puis-je demander de plus ?
Après ce long blabla, parlons de la chemise, de son coté technique : le col « style tailleur » est intéressant à faire, et demande quelques étapes vraiment précises mais en repassant bien chaque couture, en crantant (mais pas trop, pas comme pour ma première chemise), ça passe, les explications de la pochette burda sont claires. J’ai décidé de faire des vraies coutures rabattues alors que le patron préconisait de surfiler et de coucher les coutures, c’est plus long mais ça fait plus « vraie chemise », de plus, les coutures rabattues sont solides et on sait toutes que les hommes ne sont pas toujours hyper délicats avec leurs vêtements. Bon, je ne pense pas non plus qu’il va porter cette chemise au point de l’user… (on peut toujours rêver)…
La patte de boutonnage n’était pas entoilée, mais je l’ai fait quand même, ça lui donne de la tenue et c’était mieux pour fixer les pressions. J’ai également entoilé les pattes décoratives.

Concernant la taille : il s’agit d’un mix de plusieurs tailles ! Suivant la méthode de Line Jaque, j’ai relevé les mesures complètes (24 en tout) de quelques connaissances et aussi celles de mon homme (qui était ravi, n’en doutez pas). Armée de tous ces chiffres, j’ai modifié le patron relevé en taille 50 pour qu’il soit adapté à ces mesures en prenant bien en compte les valeurs d’aisances relatives aux chemises, que j’ai pu trouvées sur internet. Un article de Thread and Needles traite d’ailleurs de ce point, il est très synthétique et très intéressant, je vous encourage à y jeter un œil. Je n’ai eu à faire qu’un essayage (mais j’ai du attendre la mi-temps du match de basket, comme toujours) et tout tombait au poil, la seule modification était la longueur de la chemise et celles des manches retroussées.

C’est vrai que dans ce cas, la préparation du patron est longue et peut sembler laborieuse (moi ça m’a semblé trèèèèèss long et extrêmement laborieux au départ) mais je ne le regrette pas car j’ai gagné beaucoup de temps en zappant presque complètement la partie « retouches ». L’essayage reste tout de même obligatoire car les mesures ne se substituent pas à un véritable corps, mais ça permet de travailler au plus juste dès le départ. Je suis novice dans ce domaine et j’apprends encore à appliquer mes mesures à un patron du commerce (avec le livre de Line Jaque) mais je le fais maintenant systématiquement.
Pfiou, c’était long, j’espère ne pas avoir perdu trop de monde en route ! Félicitations d’avoir tout lu (si c’est le cas). J’ai plein de projets à vous montrer, mais peu de temps pour les photographier, c’est très frustrant…
Je prévois un petit tuto sur le montage de l’empiècement dos de la chemise, que je ne fais pas selon la méthode Burda, mais qui (à mon avis) est plus rapide et plus propre. Ça vous tente ? Cela peut être valable pour les chemises de femmes aussi….






































