La suite de la palpitante aventure! La partie 1 est à lire dans le précédent article.

« Enlève ce torchon de la cheminée du chauffe eau, j’lavais mis pour pas que ça gèle…
- Mais y’a des bêêêêêêêêêêêêtes!!!
- Vous les jeunes, vous avez vraiment peur de tout! »
Résumé de l’épisode précédent:
Mamie vient d’après qu’une de ces petite-filles (celle qui fait de la couture, pas celle qui fait de la moto) va se marier, mais, HORREUR SUPREME, ce sera un simple mariage civil, tout petit en plus… La route pour aller dans le Doubs déposer Mamie dans sa maison de famille va être longue pour ces 2 héroïnes coincées dans le carrosse 306 qui atteint péniblement 100 km/h… Vont-elles déposer Mamie sur la première aire d’autoroute???
On change de sujet et on laisse à Mamie le temps de digérer les informations. Mariage civil, cela sonne dans le sonotone de la vieille dame comme un insulte à ces ancêtres.
Au bout d’un moment, l’atmosphère se détend (normal, on change de sujet)…
Avec ma sœur, nous décidons de s’occuper avec un jeu. Cette route pour aller dans le Doubs, on la connaît par cœur et à des endroits stratégiques, nous entendons le même discours de Mamie sur des vieilleries. Nous lançons les paris. Mamie n’entendant presque rien (mais seulement ce qu’elle veut entendre), elle ne fait pas attention à nos chuchotements.
« Je parie qu’on va entendre parler du train qui passait à Rang et qui s’appelait le « Rouget de l’Isle » »
Bingo. 1 point pour moi.
Ma sœur parie que Mamie va radoter sur l’histoire de la Glacière du château de l’Isle sur le Doubs où en plein été y’avait des glaçons à servir pour les propriétaires. Bingo. On a même un bonus avec l’histoire de sa maman qui allait faire pipi derrière la maison du concierge pendant la guerre (la première, je crois).
Ma sœur parie sur « la croix sans Bon Dieu » qui est à la croisée des routes. Re-Bingo (elle est vraiment forte, ma soeur…), bonus compte double avec l’histoire de mes biberons pris sous la croix en bois pendant l’été de mes 2 ans.
Je parie qu’on va entendre parler des sapins qu’on a plantés près d’un petit bled. Mince, elle dit rien et les sapins approchent.
Une fois de plus, ma sœur ricane, je vais perdre.
J’essaye de lancer la conversation, mais ça ne fonctionne pas, la vieille femme ne parle pas des sapins.
Le petit village et son clocher se dessinent au loin et j’ai perdu, mais ce n’est pas grave, la journée n’est pas terminée ! Dès qu’on a un pied hors de la maison, nous recevons nos ordres :
« Toi tu décharges la voiture, toi tu vas montrer ta bague de fiançailles à ma sœur. Je vais faire rôtir le poulet. Ensuite, vous allez vous promener. Mais à midi on mange. »
Notre programme est établi, nous allons faire un tour au bord du Doubs pour faire quelques photos avec mon réflex (« Encore un truc technologique très cher et qui ne sert à rien ! »).
La sœur de Mamie assiste à notre repas, mais elle a déjà mangé de son coté. En effet, les deux vieilles s’étaient brouillées au téléphone sur « qui va faire cuire le poulet et qui mange chez qui » et la Tante Jeanne avait décidé qu’elle ne mangerait pas avec nous si on ne mangeait pas chez elle, et qu’elle voulait faire une tarte au fromage. Mamie avait décidé qu’on mangerait chez nous, et du poulet rôti, point barre.
Ambiance de folie, vous pouvez l’imaginer.
« Tu as bien montré ta bague à tout le monde ? Jeanne, tu as vu la bague de la petite ? Une bien belle bague. »
Ma soeur et moi continuons gentiment à manger notre poulet rôti et nos pommes de terre quand arrive une conversation inattendue et pour le moins improbable. C’est Jeanne qui lance les hostilités.
« Ahh, je me sens vieillir, je vais mourir cette année, je le sais. »
Ma sœur et moi ne relevons pas vraiment cette phrase, ce n’est pas la première fois qu’on entend ce genre de discours. Mais Mamie est en forme, encore énervée de l’orage de cette nuit et du travail que ça lui a donné, et du coup du mariage civil.
« Ah bah ça je ne le crois pas. Je suis plus vieille que toi, je vais mourir avant toi.
- Mais j’te dis que je vais mourir cette année !
- Alors moi aussi je vais mourir cette année aussi.
- Mais moi avant….
- Non, moi je vais mourir avant toi…
- Mais je l’ai dis en première ! »
Un jeu de ping pong de « je vais mourir avant toi », coincé entre le plat et le dessert. Comme dit plus haut : ambiance de foliiiiieee !!!
Je me propose d’aider ma Mamie : je vais ouvrir les fenêtres de toute la maison (« mais laissent les volets fermés !!!! »), même dans le grenier. En montant les marches, j’ai un frisson, un pressentiment. J’ai envie de redescendre. Mais bon, j’ai dis à Mamie que j’allai ouvrir toutes les fenêtres… Je rentre dans la petite pièce du grenier, je m’approche de la fenêtre et de son beau rideau kitsch, je tourne la poignée et j’écarte les vitres quand… un essaim d’abeilles pénètre dans la pièce par l’ouverture créée. J’ai juste le temps de reculer et de fermer la porte derrière moi.
Il ne manquait plus que ça !
« Heu, Mamie… Comment dire… Il y a un gros nid d’abeilles, entre le volet et la fenêtre de la petit pièce du grenier…
- Quoi ??
- Un gros nid jaune, environs 40 cm sur 40 cm, forme ovale. Collé sur ton volet. Des abeilles. J’ai failli être piquée !! »
Oui, j’suis un peu une chochotte. Mais je suis très précise et assez observatrice. Mamie reste scotchée sur sa chaise.
« Tu vois Jeanne, c’est un signe !! Je vais mourir.
- C’est peut-être pas un signe pour toi !
- Enfin, si, c’est ma maison quand même…
- Mamie, c’est pas grave, on va appeler les pompiers. Un apiculteur sera certainement content de récupérer ces abeilles.
- Si ce sont des abeilles ! C’est certainement des guêpes.
- Non Mamie, le nid n’était pas gris. Ce sont des abeilles, pas des guêpes.
- Toi, t’as mangé du miel deux fois dans ta vie et tu sais à quoi ça ressemble des abeilles ? »
Je laisse tomber… Pendant que les vieilles sœurs se partagent les signes du destin, notre sauveur arrive : la voisine (à qui je montre ma bague, je suis là pour ça, tout le monde l’a compris) nous emmène faire le tour de la ferme des cochons pour y faire quelques courses et admirer les petits porcs pendant que les mémés font la vaisselle en faisant le point sur qui est mort et qui va bientôt passer l’arme à gauche.
Le mari de la voisine (je dois lui montrer ma bague) vient confirmer : ce sont bien des abeilles et tout est prévu pour intervenir chercher le nid. Notre journée s’achève et nous sommes complètement épuisées… Mamie nous épuise. C’est son super pouvoir.
Elle a préparé des barquettes pour qu’on ramène les restes du poulet (« Pour vos hommes. ») et de la rhubarbe.
Dans la voiture sur le retour, ma sœur me fait remarquer que je n’ai même pas eu le droit aux conseils de Mamie sur le couple et comment garder un mari. On ne se fait pas d’illusion, ça va encore arriver.
Le lendemain au téléphone, elle annonce à ma maman qu’elle a passé une journée charmante et que nous étions aussi ravie.
Mamie est télépathe, elle lit dans nos esprits !!!
